La traversée du Nigéria : du 12 mai 2019 au 19 mai 2019

Un article un peu différent :  je raconte notre traversée du Nigéria et donne des infos pour les voyageurs

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Depuis plusieurs mois, nous parcourons l’Afrique de l’Ouest, avec beaucoup de plaisir, beaucoup de bonheur. Des moments simples. Des rencontres attachantes et inoubliables.

Il est temps maintenant de rejoindre l’Afrique Centrale, ce qui nous permettra d’arriver en Afrique Australe.

Mais il y a le Nigéria et le Cameroun, deux pays un peu compliqués à passer pour des raisons différentes.

  • – Au Nigéria, le Nord est le domaine de Boko Haram et au sud règne l’insécurité civile.
  • – Au Cameroun, c’est la guerre civile dans la partie anglophone car elle revendique son indépendance

Début 2019, on suit les évènements des pays d’Afrique, on sait bien par les réseaux sociaux qu’il y a des voyageurs qui passent ces deux pays par la route. Le visa du Nigéria devient de plus en plus compliqué à obtenir. Alors on se renseigne sur les bateaux (roro) ce qui permettrait de sauter ces deux pays.

C’est Grimaldi qui assure les liaisons inter-Afrique en roro ou containeurs depuis Dakar (Sénégal) et jusqu’à Luanda(Angola).

On retient la solution RORO au départ de Lomé (Togo) à destination de Libreville (Gabon). En Afrique, on ne fait aucune réservation à l’avance, il faut se présenter une semaine avant le départ du bateau.

Donc, on prévoit d’être à Lomé début mai 2019 pour le bateau du 18 mai qui amènera notre camion à Libreville.

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Mai 2019 : après une petite pause en France, nous voilà de retour au Bénin.

Et là, le hasard des rencontres fait son œuvre dès notre retour :

  • – On rencontre John, son épouse Nina et leur fille de 14 ans qui vont faire la traversée, seuls, dans les jours qui suivent,
  • – La famille Bell (couple avec 2 adolescents) qui sont également prêts à passer
  • – Un anglais Neill et son épouse, en attente du visa pour passer

Les conversations vont bon train pour cette traversée. On contacte également l’équipage “les Mariolles” (Marion et Anatole), jeunes français ayant passé le Nigéria en Van, il y a seulement 3 semaines avec l’équipage Luc et Pascale en camion.

D’autre part, l’équipage « Family on Tracks » (Antoine, Quitterie et leurs deux jeunes enfants) a mis son véhicule sur le Lomé-Douala de Grimaldi et a eu les pires difficultés à le récupérer au Cameroun (plus d’un mois de démarches et des couts jamais maitrisés !). Il n’avait ni CPD, ni carnet ATA, cela n’a pas dû l’aider.

7 mai 2019 : on doit prendre une décision et s’y tenir car les jours passent et on ne peut pas courir deux lièvres à la fois. :

  • -Aller à Lomé pour embarquer notre camion sur le Lomé-Libreville
  • -Faire le passage du Nigéria et du Cameroun par la route

C’est décidé : ON PARTIRA PAR LA ROUTE !

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La saison des pluies a commencé. Il ne faut pas trainer car les pistes peuvent devenir vraiment difficiles.

C’est là que commence la course aux visas.

On souhaite partir avec tous les visas des pays à traverser jusqu’en Namibie

  • Et le visa du Nigéria n’est pas le plus simple.
    • – Pour commencer, Il faut obtenir une « Approval Letter » du service d’immigration du Nigéria. Lettre théoriquement gratuite et avec un délai très extensible (entre 48h et 6 semaines!). Et elle n’est valable que dans les quinze jours qui suivent sa date d’émission. On tente notre chance mais « que néni », aucune réponse.
    • – On choisit alors la version payante et très chère proposée par DESTINALIS. En 48h chrono, on a cette lettre
    • – Reste maintenant à faire la nouvelle procédure VOA (Visa On Arrival) « on line » : pas très simple, d’autant que c’est un visa affaire qui est demandé (il n’existe pas de visa touriste), et il faut bon nombre d’informations professionnelles. DESTINALI répondra présent pour cette procédure.
  • Le visa du Cameroun : à Cotonou, on doit fournir un billet d’avion et une réservation hôtelière pour l’obtenir.
  • Le visa du Gabon : à Cotonou
  • Le visa du Congo Brazzaville : à Lomé
  • Le visa du Congo Kinshasa : à Cotonou
  • Le visa de l’Angola : procédure e-visa que l’on fera en route

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La traversée du Nigéria

On fera la traversée, seuls, hormis l’escorte obligatoire entre la frontière Bénin/Nigéria pour aller chercher le visa à l’aéroport de Lagos.

On choisit de partir un dimanche. La circulation est moindre, et le passage frontière plus aisé.

Et on opte pour le rythme :

  • – Départ 7h
  • – Pause repas : 30 à 45 mn près d’un contrôle routier (check-point)
  • – 16 ou 17 h : stop pour la nuit qui tombe à 18h dans un hôtel avec parking gardé.

Et pour tous les check-points vrais ou faux : on reste cool, on leur dit que l’on est français, que l’on vient de France avec le camion, que l’on ne parle pas bien l’anglais et que l’on va au Cameroun.

On n’a jamais donné d’argent. A la demande : « What have you for me ? », Yvan répond « You have my smile today » . On leur dit même qu’ils ne doivent rien demander. Les contrôles officiels restent sympathiques même s’ils sont très nombreux et nous font perdre beaucoup de temps. C’est la curiosité qui les anime.

Pour les contrôles non officiels, on reconnait essentiellement les « bad boys » à leurs guenilles, on leur concède un bonbon pour désamorcer leur demande. C’est toujours Yvan qui s’y colle. Si cela dure, je pointe non nez, une ou deux petites questions, et leur attitude change car je suis leur « mama ».

Pour le camion, on a un Carnet de Passage en Douane.

 

Dimanche 12 mai 2019 : du Bénin à Lagos

Départ pour la Frontière de Sémé, sur le bord de mer, entre Cotonou et Lagos

Sortie du Bénin sans difficulté (police et douane)

Entrée Nigéria :

  • -Pour le camion, la douane tamponne notre CPD
  • -Pour nous, on présente nos « Approval Letters ». Le visa n’est délivré qu’à l’aéroport. Sémé est une petite frontière ne disposant pas des outils pour le faire.
  • -On attend le bien sympathique chef qui doit nous organiser une escorte pour nous accompagner à l’aéroport de Lagos (18 000 Naira)
  • -Route vers l’aéroport avec le douanier Victorien, notre escorte, dans notre véhicule (4h pour 100 kms de route bien cassée, de check-points multiples et de la circulation à n’en plus finir).
  • -A l’aéroport, en moins d’une heure, validation de nos « Approval Letter » suivie de l’émission de nos deux visas. La procédure « on line » du VOA a parfaitement marché.
  • -On change de la monnaie locale dans la rue et l’on se fait arnaquer par un tour de passe-passe que l’on n’a pas compris ! C’est un avertissement.

La journée a été bien remplie. On dormira sur le parking du personnel de l’aéroport (4000 Naira).

 

Lundi 13 mai 2019 : de Lagos à Bénin City

On découvre le plaisir de circuler dans Lagos avec de monstrueux embouteillages dès 7h du mat’.

Très nombreux contrôles, des officiels et des faux.

Multiples échangeurs routiers non signalés et tarabiscotés.

On prend une « coupe » qui nous fera découvrir le Lagos populaire, ses marchés, ses pistes détrempées par la pluie de la nuit et défoncées et son enchevêtrement de camions, minibus, taxis en pagaille, voitures, motocyclettes, piétons, tous chargés de quelques colis plus ou moins monstrueux et qui ne laissent pas un trou de souris entre eux ! Dans une ambiance quand même bon enfant, pour passer il faut faire du « coller-serrer » et si tu n’avais pas le gabarit de ton camion dans l’œil, là c’est chose faite ! Le risque c’est quand même l’accrochage qui peut faire basculer ton séjour en enfer. Donc patience et longueur de temps…

A chaque ralentissement les vendeurs qui passent leurs journées sur la route et à courir après les voitures pour leur vendre une pochette d’eau, une ceinture, une orange (pelée ou pas, ce n’est pas le même prix), une mangue séchée ou mille autres objets parfois déconcertants. Oui, on dit « économie informelle » C’est bien cela, les pieds dans la gadoue et toujours le sourire aux lèvres.

Arrivée sur la 2×2 voies, ce n’est plus la même chose. Le goudron est roi. Dans les villes les chaussées sont séparées par des grillages. Mais il y a des trous dans les grillages car tout un chacun sait à présent que les voies rapides sont aussi faites pour être traversée par les piétons ici.

Arrivent bien vite les check-points. C’est une institution au Nigéria. La police barre la route, l’armée barre la route, l’immigration barre la route, la douane barre la route, la gendarmerie barre la route et d’autres groupes que nous avons beaucoup de mal à identifier barrent aussi la route. Le point commun c’est l’arme en bandoulière quel que soit l’âge ou le grade. Mais l’accueil est la plupart du temps ici aussi bien sympathique !

On atteint Bénin City vers 16 h.

Arrêt à l’auberge Ausvick : Le parking et le portail sont surmontés de fil de fer barbelé torsadé. Dans les chambres, à l’intérieur il y a des grilles de protection en fer. Nous y passons une bonne nuit.  (Chambre double : 6000 Naira, repas : 2800 Naira pour deux)

 

Mardi 14 mai 2019 : de Bénin City à Enugu

Idem la veille, route tantôt bonne tantôt bien cassée

Nous traversons le fleuve Niger entre Asaba et Onitsha, une vraie merveille de paysage

La route avant Enugu se transforme en piste défoncée où l’on ne se partage pas les trous mais on les prend à plusieurs, c’est plus drôle

Arrivée vers 15h30 à « l’Apple Lodge» près de la Silicone Vallée (si, si !)  (chambre double 6000 Naira, repas : 4500 Naira pour deux)

On Ira faire un petit tour en « triporteur jaune » dans la ville pour retirer un peu d’argent.

Il tombera en panne. Et voilà que nous le poussons avant d’en trouver un autre.

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Mercredi 15 Mai 2019 : de Enugu à Katsina Ala

Vu l’état de la route à l’entrée d’Enugu je redoutai le pire pour cette étape. Et bien non, c’est un goudron parfait le plus souvent qui nous amènera à notre étape du soir en passant par le sud.

Nous prenons le petit-déjeuner en roulant vers 7h et à 10h on s’autorise une halte à un check-point pour manger une tartine de confiture.

Arrivée vers 17h  au « Smile View » : un hôtel typiquement africain  (Chambre double 3500 Naira, repas : prévoir le sien)

Dans la nuit, il y a un énorme orage. Yvan a laissé le lanterneau du camion ouvert. En slip il fait un rapide aller-retour pour éviter toute inondation tant le volume d’eau qui tombe est impressionnant. On se demande si on pourra repartir le lendemain.

 

Jeudi 16 Mai 2019 : de Katsina Ala à Bali via Takum 

Autant il pleut fort, autant tout sèche avec le soleil revenu dans la matinée. Nous repartons.

C’est un axe sensible, il y a eu plusieurs problèmes de kidnapping dans les années précédentes.

On choisit de partir un peu plus tôt car on s’est rendu compte que c’est encore plus calme, les contrôles ne sont pas encore en place tôt le matin.

Arrivée vers 17H30, la recherche d’un bivouac sécurisé est un peu plus compliquée. A l’aide de locaux, on trouvera le MOTEL EMMOKENE qui répond à nos critères.  (Chambre double 3000 Naira, repas : prévoir le sien)

Il y a un groupe de locaux dans le motel. On sympathise. Il mange devant leur chambre. On fera pareil devant notre camion mais avec table et chaises.

Dans la soirée, on a un contrôle de la sécurité, qui vient vérifier nos passeports et les documents du camion. Cela finit par un échange de coordonnées.

 

Vendredi 17 mai 2019 : de Bali à Serti puis à Gurodji puis à un Village sur la piste

Route jusqu’à Serti où l’on se fait arrêter par le commandant de la gendarmerie.

Contrôle dans tous les sens par le Major du 20eme bataillon. Toujours la même réponse : on va au Cameroun. Et au bout d’une bonne demie heure, on peut repartir.

Le paysage change, il devient d’une verdeur Européenne et la montagne approche. Nous traversons une magnifique vallée et attaquerons la montée sur les plateaux.

Route jusqu’à Gurodji, l’entrée de la piste qui nous amènera jusqu’à la frontière

C’est à peine 14h, un peu trop tôt pour s’arrêter, d’autant que l’on souhaite avancer car il y a eu un peu de pluie le matin et on voudrait éviter les pistes trop gadouilleuses.

C’est une très belle piste, suffisamment large. Elle a été ouverte pour faire passer les 6×6 nigérians qui transportent l’essence. Par endroit, elle est cabossée. Elle grimpe aussi pas mal.

Elle peut être très glissante en temps de pluie.

On roule, on roule jusqu’à 18H.

Là, faut trouver un bivouac. On va opter pour un bivouac dans un village.

Cérémonie du chef du village et on a un coin pour bivouaquer au milieu du village : ce sera une très belle expérience. Les Nigérians sont très sympathiques et accueillants. Curieux oui mais pas du tout envahissants. Dans la nuit des tambours traverseront le village. Les enfants auront droit à un ballon avant de repartir. La joie se lit dans leur visage.

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Samedi 18 mai 2019 : du village sur la piste à la frontière Kan-Lyaka puis Boudjoukoura

On continue notre piste. Ce sont des paysages superbes qui s’offrent à nous. Des cultures à perte de vue, quasi toutes manuelles. On traverse des villages où la population aimerait bien que l’on s’arrête.

Dans l’un d’eux, des enfants jouent au ballon avec un chiffon ficelé. On s’arrête là aussi pour leur offrir un ballon. Tellement contents, ils partent faire le tour du village pour montrer leur trophée avant de revenir jouer avec Yvan.

On passe 2 barrages de petits coupeurs de route qui nous ont repérés mais on ne lâchera rien, expérience oblige !

Arrivée à Kan-Lyaka : gros village animé, la police est très amicale. C’est même elle qui nous fait venir un mauritanien pour échanger nos nairas restants.

Et on passe au Cameroun

On reste « un peu sur notre faim » : on a fait une traversée du Nigéria sans beaucoup de rencontres, de contact, et on ressent un manque, une envie de découvrir un peu plus ce pays et cette population. On se s’est jamais senti en insécurité (on a été très prudent). Le Nigéria mérite mieux que cela!

On est au Cameroun, mais les pistes ne sont pas finies. Loin de là, elles se corsent.

On avance jusqu’à Boudjoukoura pour valider notre entrée (passavant temporaire d’un jour et tampon sur les passeports)

On fera un bivouac sauvage, pas très loin de quelques habitations : là aussi, surprise : les femmes viennent me chercher pour visiter leur maison. La discussion n’est pas facile, elles ne parlent ni anglais, ni français. Ce sont des nigérians qui sont venus s’installer au Cameroun pour travailler. L’un d’eux nous offrira du gâteau de miel en guise de remerciements de notre bivouac près de chez eux. Il pleut dans la nuit et nous avons un gué à passer demain matin.

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Dimanche 19 mai 2019 : de Boudjoukoura à Banyo

Il faut aller à Banyo dans la journée car nous devons faire valider notre CPD.

C’est une belle piste, parfois glissante qui nous vaudra un travers bien maitrisé !

Nous ramassons des mangues sous un manguier géant.

Voilà le gué. A l’heure où on arrive, il est infranchissable, il est alimenté par les pluies de la nuit et l’entrée et la sortie sont très pentues et sableuses. La situation n’est pas évidente.

On attend un peu, l’eau finit par baisser et un 6×6 arrive.

Les gars vont refaire le passage en pelletant le sable pour adoucir la pente et en empierrant pour ne pas s’enfoncer. Cela va bien prendre 3 heures. Tout le monde s’y met, bien sûr Yvan aide et négocie qu’ils attendent notre traversée avant de repartir pour éventuellement nous tirer. Le 6×6 finira par passer au bout de la 4 ou 5ème tentative,chaque fois en force.

A notre tour maintenant : l’Iveco passe comme si de rien n’était et on poursuit notre piste jusqu’à Banyo où l’on fera tamponner notre CPD.

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Au revoir le Nigéria. Bonjour le Cameroun


7 réflexions sur “La traversée du Nigéria : du 12 mai 2019 au 19 mai 2019

  1. cest super quelle aventure mais l’Afrique est prenante nous y avons vécu 7 ans à Port Gentil et avons passé quelques jours au Cameroun et Cote d’Ivoire. Bonne continuation c’est avec plaisir que l’on vous lit.
    Mireille et André Delpree de CCRSM

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour

    Superbe parcours et surtout bien décrit sans emphase bien qu’il ait peut être généré quelques moments plus « chauds »
    Si Josette dit que la Guinée est une promenade (des Anglais) à coté cela doit effectivement être intéressant
    En tous cas bravo et cela donne toujours des idées vu que nos retraites sont maintenant à proximité directe

    Jean Marc

    Aimé par 1 personne

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