Le Congo Kinshasa, un pays de contrastes, du 28 juillet au 8 août 2019

La traversée de la RDC (République Démocratique du Congo) ou Congo Kinshasa pour ne pas confondre avec le Congo Brazzaville est incontournable pour poursuivre notre périple vers l’Afrique Australe. Nous la préparons un peu comme celle du Nigéria. Une traversée rapide et sécurisée. Les “Overlanders” ne s’y attardent pas, on parle beaucoup d’Ebola, devenue urgence sanitaire mondiale depuis peu et aussi de la forte corruption dans tous les contrôles.

Pour nous, notre étoile en décidera autrement.

Là encore, on décide d’entrer en RDC par la toute petite frontière de Boko-Tombo-N’dalatando, au bout d’une piste perdue en brousse et fermée par une barrière cadenassée. Formalités administratives faites sans aucune difficulté, juste un peu de temps à discuter avec les policiers et douaniers présents.

Direction Luozi pour prendre un bac qui nous permettra de traverser le grand fleuve Congo en une partie étroite.

C’est une piste vallonnée, en plus ou moins bon état, qu’il vaut mieux faire en saison sèche pour éviter les frayeurs des glissades dans les ornières creusées par la pluie et le passage des poids lourds et qui nous pendra plus de 2 jours.

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On traverse des très beaux paysages dans un relief de mamelons que l’on monte et redescend, de savanes colorées entrecoupées d’oasis de palmiers et de grands arbres verts. On voit au loin la piste come une déchirure sur le flanc des collines éloignées et d’où nous sommes on se demande chaque fois si on va arriver à monter. Peu de villages, peu de population, pas de circulation tout au plus quelques motocyclettes. A notre rythme, on bivouaque près des villages aux maisons de briques rouges façonnées et cuites sur place avec des toits de brande naturelle.

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L’ambiance est cool, la population est détendue et très souriante, ravie de notre passage dans leur pays. Par contre, quel recul tant sur la pauvreté que sur l’aspect culturel. On retrouve dans les villages, des femmes et des enfants qui ne comprennent pas un mot de français.

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Cette population sait aussi vous prendre par la culpabilité, en ne réclamant pas de l’argent mais en criant « j’ai faim ». En creusant un peu, on comprend très vite que le terme est mal choisi, elle n’a pas faim au sens où on l’entend, mais qu’elle est lasse de manger quotidiennement du manioc et nous demande un peu de diversité alimentaire. Il demeure poignant de voir tout un village, enfants en tête vous crier leur famine. On ne peut nourrir tout un village nos provisions n’y suffisent pas. On avance et quelques gamins courent derrière le camion. On teste les plus courageux et à quelques encablures du village nous stoppons pour leur donner un sac de riz. Ils n’osent plus approcher mais finalement ils repartent en criant leur joie : d’avoir à manger ou d’avoir obtenu quelque chose des « mundélés » (les blancs sont ainsi nommés en RDC) ?

Mais ici aussi nous créons sans le vouloir comme une euphorie, les enfants nous crient « mundélés » presque en chantant, ça nous fait comme une fête. Les plus grands nous font un signe, nous appellent, nous disent quelque chose que l’on ne comprend pas, agitent les bras pour nous faire venir à eux, d’autres réclament encore et toujours à manger ou de l’argent. Mais tous les visages hommes, femmes, enfants s’éclairent à notre main tendue. La traversée est définitivement festive. Que de plaisir et toujours la même question sans réponse : pourquoi diable provoquons nous cette joie à cette population rien qu’en traversant un village ?

Les rencontres se font spontanément, naturellement.

Dans l’un des villages de brousse où l’on bivouaquera, le Chef du village nous accueille et au cours de la conversation nous dit avoir été musicien et chanteur dans ses plus jeunes années. Qu’à cela ne tienne, Yvan lui prête sa guitare et le voilà en train de retrouver ses émotions. Un semblant de concert en live.

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Quelques jeunes du village viendront aussi nous montrer leur talent de rappeurs improvisés

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Joseph, instituteur et directeur de son école, nous fera visiter les classes et son bureau. Il nous parle de ses conditions de travail difficiles par le nombre d’élèves, le manque de moyens et la nécessité des aides étrangères (Unicef), de la motivation qu’il faut avoir pour exercer ce beau métier, des difficultés rencontrées pour convaincre les parents du bien fondé de l’école. Il a lui même 4 enfants, qui ont tous fait des études malgré le manque de moyens. Il nous dit qu’un instituteur gagne moins de 100 Dollars/mois. Nous lui laissons un livre qu’il prend comme un trésor et n ballon pour les enfants.

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Et les longues discussions avec des hommes jeunes du village qui cultivent essentiellement le manioc. Leurs mots qui reviennent en boucle : « on souffre en RDC » Certes la vie est difficile, l’eau est loin, pas d’électricité, pas d’accès facile, que de la piste, toute la culture est faite manuellement. Ils cherchent un avenir plus rose et sont persuadés que l’Europe est la solution à tous leurs problèmes. Quant aux femmes, elles n’osent s’approcher qu’un court instant avant de repartir exécuter leurs taches sans fin.

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David, un jeune prêtre de Luozi de la mission rédemptoriste dont le but est de faire du bien aux plus pauvres, d’abord la pauvreté  spirituelle ensuite la pauvreté matérielle. Il développe un centre de formation pour les femmes, un centre de soin pour la population, une école pour les enfants. On passera des heures à discuter de religion, implication, développement, orientation et choix de vie. Un vrai cours de théologie. On l’admire.

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Au bout de la piste, le bac pour traverser le fleuve Congo est pris d’assaut par les locaux. Dans la matinée, il a été réquisitionné pour des raisons d’urgence médicale pour un dignitaire et cumule maintenant un grand retard. Beaucoup de monde, de l’attente, des congolais qui veulent tous passer en priorité. On se retrouve à observer cette agitation africaine. Patience est toujours le maitre mot de l’Afrique. On rencontre alors Norbert et Andersson, deux Congolais représentant de la mission protestante Église du Christ du Congo qui attendent également leur tour pour embarquer. Ils auront à cœur de nous parler avec passion de leur pays, de ses nombreuses richesses et aussi ses dysfonctionnements. Ils nous parlent également de tradition, d’accueil et pour finir des bonobos, ces grands singes, si proches de l’homme, uniquement présents en RDC. Ces quelques heures d’attente et de discussion nous donnent une autre vision de ce pays.

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  Cette rencontre nous interpelle, nous fait réfléchir et on se dit : « On a été fasciné par les gorilles au Congo, pourquoi ne pas aller voir les bonobos ? »

Et nous voilà partis pour la capitale Kinshasa. Et là, on va toucher du doigt un autre aspect du pays.

La route est belle, mais on n’avance pas. Les contrôles routiers sont nombreux. On est véhicule étranger. Alors peut être que …… Cela se finit souvent par un brin de causette, un sourire et un bonbon.

En entrant dans Kinshasa, les choses se corsent. A l’un des contrôles, bien que parfaitement en règle, on mettra plus d’une heure pour récupérer notre permis de conduire. On ne cède pas à la demande non dite de bakchich, l’attroupement se fait autour du camion, on joue le temps, l’aide téléphonique d’un ami et on finit par interpeler un autre agent.

Oublions cet incident et direction la Mission pour se poser en sécurité. On y retrouve Norbert et Andersson qui vont nous accueillir à bras ouverts et nous préparer trois jours mémorables.

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Notre premier objectif est de voir les Bonobos, ces grands singes sans queue, qui nous ressemblent tant physiologiquement, qui sont en voie de disparition et qui ne vivent qu’en RDC. Ils sont soignés au sanctuaire de « Lola ya Bonobos » en vue de leur réintroduction dans leur milieu naturel à l’Est de la RDC, partie du pays où l’on ne peut pas aller car il y a des bandes armées qui se disputent les riches territoires.

Pas très grands, les bonobos vivent dans une société matriarcale développée, vivent environ 60 ans, se tiennent souvent debout, ont une gestation de 9 mois.

Le jour de notre visite, un bonobo mâle s’échappe, les femelles du groupe l’ont chassé car il a eu un comportement hors des règles établies entre eux.

Le primate pouvant être agressif, les visites sont interrompues. Il faudra une journée entière pour le rattraper. Notre journée devient une journée discussion informelle avec nos amis. Ils répondent sans tabou à toutes nos questions, nous permettant ainsi d’approfondir notre approche du pays.

  • le salaire moyen de 50 Dollars, un instituteur gagne moins de 100 Dollars par mois
  • Le gouvernement est défaillant avec ses fonctionnaires
  • La scolarisation est gratuite dans les textes mais pas forcément en pratique
  • Qu’il y a une grosse différence entre Kinshasa et le reste du pays,
  • La Région de l’est est tenue par des hommes armés. Même les congolais ne s’y rendent pas
  • On parle beaucoup de corruption de survie, que l’on peut comprendre mais qui ne participe pas à la valorisation de l’humain
  • Ebola est au nord du pays
  • Influence des médias sur la jeunesse du pays
  • Forte Tradition d’accueil et respect des traditions ancestrales, comme l’important rôle de l’oncle (le frère de la mère), partage des acquis, taches de chacun, ……

Le lendemain, on part visiter Kinshasa, le bord de mer, les quartiers chics, la grande place et le boulevard du 30 juin. Et là, pour une photo d’un monument, Yvan est pris à parti par les « shégués », les enfants des rues. Nos deux amis Norbert et Andersson prennent les choses en main et arrivent à les éloigner. Terribles sont ces images des enfants des rues, ce ne sont pas que des enfants mais des adultes aussi  qui vivent en groupe dans les rues de Kinshasa et survivent de mendicité et petits larcins faisant parfois preuve d’agressivité. Ils ont grandi dans la rue, aucune structure pour les accueillir, ni pour les aider à s’en sortir. Je dirai même que la police est complice de leurs agissements. Ils ne sont pas violents, pas méchants, juste un peu perdus mais il faut connaitre toutes les réalités d’un pays même s’il est quelque peu sous tension.

Là encore, oublions cet incident pour passer à la visite des bonobos

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On quitte ensuite Kinshasa et toute son agitation. Là, de nouveau, on retrouve des villages tranquilles, paisibles, une population agréable.

On quittera la RDC par Lufu, un jour de marché. Ces jours-là, il faut prévoir du temps pour le passage de frontière mais ce marché reste une image forte de la RDC, un moment intense en couleurs, en odeurs et en mouvements. Là comme toujours, on profite de cette fin en apothéose car on n’est pas là tous les jours et on ne reviendra certainement pas de sitôt !

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En route on se met à penser que la RDC, c’est quand même un grand bazar qui ne laisse pas indifférent :

  • · Des voitures aussi vieilles qu’en Mauritanie et les dernières Peugeot 504.
  • · Des chargements aussi hauts qu’en Côte-d’Ivoire et des passagers au-dessus.
  • · Des routes aussi mauvaises qu’au Gabon sur l’axe Libreville.
  • · Une monnaie aussi forte qu’en Guinée Conakry et des valises pour transporter les billets.
  • · Une répartition des richesses du pays aussi bien faite qu’au Nigéria, ce qui veut dire rien pour les infrastructures, les routes, l’eau, l’électricité.
  • · Une population aussi dense qu’au Sénégal.
  • · Des motocyclettes partout comme au Bénin.
  • · De l’essence très chère comme au Togo.
  • · Des poubelles et des sacs plastiques partout comme en Guinée Conakry.
  • · Du vent et de la poussière comme nulle part ailleurs.
  • · Une police qui rackette comme personne ne devrait l’accepter, jamais.
  • · Des lignes à haute tension partout et de l’électricité nulle part.
  • · Des robinets dans les salles de bain mais plus d’eau qui arrive.
  • · Du charbon de bois partout et des noirs qui sont encore plus noirs.
  • · De la musique à fond tout le temps et partout, sans personne qui crie au secours !
  • · Des camions en panne sur le bord de la route pile poil là où ils ont cassé.
  • · Des asiatiques qui achèvent de rendre exsangue le pays.
  • · Une gouvernance qui ne fait jamais ce qu’il faudrait faire.
  • · Des femmes qui ne savent pas croiser le regard d’un homme.
  • · Des mains qui se tendent vers toi pour te demander de l’argent comme si tu imprimais des billets.
  • · Des cris à ton passage comme si tu étais le dernier espoir de cet homme en désespoir.
  • · Des Kinois qui sont obligés de retourner dans leur village exploiter les terres familiales pour survivre.
  • · La foi exacerbée mais qui ne soulève aucune montagne.
  • · Les téléphones portables qu’il faut sans cesse recharger quand on n’a pas d’électricité.
  • · Ton « Merci » seulement parce que je suis venu visiter ton pays.
  • · Mon cœur qui se serre quand je dois le quitter.

En route pour l’Angola, on quitte la Francophonie mais nous avons hâte de découvrir ce pays qui s’ouvre tout juste au tourisme et être parmi les premiers voyageurs autorisés à y rester un mois.


3 réflexions sur “Le Congo Kinshasa, un pays de contrastes, du 28 juillet au 8 août 2019

  1. Bonjour les « Africains »
    Très instructif votre compte rendu. Nos sentons bien les émotions que vous avez ressenties lors de la traversée de ce pays.
    Merci et bonne continuation pour vos aventures.
    Amicalement.
    Jacques et Nicole

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  2. Bonjour Brigitte et Yvan!

    Un grand merci pour votre narration passionante de votre traversée de la RDC! J’apprécie énormément votre regard et vos réfletions. Je lis vos news letters chaue fois avec un immense plaisir et j’ attends la suite de votre voyage et de vos aventures avec impatience .
    Il y a des ONG Congolaises et internationales qui travaillent avec les enfants des rues en RDC et à Kinsasha. Mais comme dans beaucoup de grandes villes d’Afrique elles n’arrivent pas à répondre à tous les besoins ni à atteindre tous les enfants, faute de moyens et surtout vu l’ampleur du phénomène. Quelques exemples:
    – Ndako Ya Biso : https://www.streetchildrenofkinshasa.com
    – BICE: https://bice.org/fr/rd-congo-enfants-des-rues/
    – Médecins du Monde Belgique : https://medecinsdumonde.be/projets/aider-les-enfants-des-rues-a-kinshasa#Lasituation

    Usafari salama na njema! (Voyagez sûr et bien)
    Carmen

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Carmen,
      Merci beaucoup pour votre message et d’avoir cité les organismes qui oeuvent pour les enfants des rues de Kinshasa. Et nous avons tout au long de notre voyage, rencontré tant d’associations dont les actifs sont d’un dévouement incommensurable.
      A bientôt.
      Brigitte et Yvan

      J'aime

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